Préface
Je crois qu’une introduction serait de mise. Qui je suis ? Appelons-moi… Nini. C’est ainsi que tous ceux qui me connaissent bien m’appellent et tous ceux qui liront cela me connaîtront parfaitement, ils connaîtront certaines de mes pensées les plus sombres et de mes secrets les mieux gardés, alors allons-y avec Nini.
J’ai 18 ans. Je vis présentement en appartement, mais je retourne habiter chez mes parents en juillet. Je suis l’aînée d’une famille de trois enfants. Suit de près mon frère et meilleur ami, Jo, et, de 8 ans ma cadette, Laue. J’ai une bonne relation avec chacun des membres de ma famille, mais cela n’a pas toujours été ainsi. Dès le début de mon adolescence, mes rapports sont devenus pénibles et fructueux avec mes parents, tout particulièrement avec mon père. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai quitté le nid familial. Le fait que nous ayons pris nos distances pendant un peu plus d’un an nous a permis de rebâtir une relation plus saine. Je ne sais pas comment va se passer mon retour à la maison, mais comme nous avons tous mûris pendant cette période de séparation, j’ai bon espoir que tout ira pour le mieux. Je partage ma vie avec mon copain, Gab, depuis un an et demi. On s’aime plus que tout, cela ne fait aucun doute, mais notre relation avance désormais à tâtons, sur un fil de fer, à deux centimètres du gouffre. Ma belle-famille, qui se résume à un beau-père grincheux, une belle-mère détraquée et une belle-sœur attardée, me pourrit la vie. Leurs rapports soi-disant familiaux me font beaucoup plus pensés à ceux qu’il y a entre les partisans d’une secte qu’à ceux qu’il y a entre personnes d’une même famille. Son père, Yvan, un vieux lâche soumis, boit les paroles de sa sorcière de femme comme si c’était de l’eau de jouvence. Sa grande sœur, Maude, est un monstre parfaitement déguisé en portrait de la petite fille idéale. Et sa mère, Nathalie, le mal incarné, est une hypocrite de première classe, qui revêtit à tous les jours le masque irréprochable d’une femme aimante et souriante. La vérité est toute autre ; ce sont des manipulateurs qui savent comme tirer les ficelles de Gab comme s’il était leur marionnette. Ils peuvent lui faire faire tout ce qu’ils veulent à leur claquement de doigt. Ils se servent de leur argent pour l’acheter et avoir un contrôle constant et malsain sur lui. Et mon simplet de copain prend à leur jeu. Gab est une obsession pour sa mère, il faut toujours qu’elle sache tout ce qu’il fait, où il le fait, avec qui il le fait et comment il le fait. Je suis certaine que la nuit, quand il dort, elle le regarde avec des yeux exorbités et murmure : « Mon précieuuuuuuuuuuuuuux. » Je la soupçonne aussi fortement de pratiquer la magie noire et d’être une adepte du vaudou. Je ne serais même pas étonnée qu’elle s’adonne à ce genre de pratiques ; elle serait prête à n’importe quoi pour avoir un pouvoir absolu sur son fils.
Mais à chacun son obsession. La mienne, c’est la minceur. Et cela ne date pas d’hier. J’ai commencé à me faire vomir à l’âge de 13 ans. Jamais je n’avais été complexée par mon poids ou mon apparence avant mon entrée au secondaire. Je m’acceptais comme j’étais et j’étais bien dans ma peau. Je ne pensais qu’à jouer et à vivre ma vie pleinement. Aujourd’hui, je réalise combien j’étais bien dans ce temps-là, insoucieuse, bien vivante, à ne penser qu’à l’instant présent. Maintenant, pas une seconde ne passe sans que je me sente mal dans ma peau. Je passe le plus clair de mon temps sur ma balance ou à me regarder dans le miroir, ainsi qu’à observer, envieuse, désespérée, toutes ces filles que j’admire. Je me trouve horrible et grosse. On a beau me répéter que je suis belle et mince, je n’en crois pas un mot. Je suis dans l’incompréhension la plus totale devant tous ces garçons qui fantasment sur moi. Tant que je ne serai pas satisfaite de mon apparence, je ne me montrerai pas en maillot de bain, je ne ferai jamais l’amour complètement nue avec la lumière allumée, je ne m’achèterai pas de vêtement en dessous de la grandeur x-large.
Qu’est-ce que la perfection ? Selon chaque personne, la définition de ce mot diffère, parce que la perfection résulte de la beauté et la beauté est propre à chacun d’entre nous. Nous avons tous une façon de concevoir la beauté, ce qui rend une personne belle à nos yeux. Quant à mes critères de beauté, ils correspondent presque totalement à ceux établis par le monde hollywoodien. Ce monde de gens riches et célèbres, qui ont tout ce dont je n’ose pas même rêver. L’argent ne fait pas le bonheur, mais presque. Toutefois, si je ne peux pas être millionnaire et connaître le succès international, je peux au moins être physiquement à la hauteur de tout ce beau monde. Voici donc comment je définis la perfection physique.
- Une chevelure brillante, volumineuse, saine, des cheveux longs
- Des sourcils dont les traits sont parfaitement définis
- Une peau bien hydratée et sans défaut, un teint hâlé
- Des dents droites et d’un blanc immaculé
- Des lèvres charnues et bien hydratées
- Un corps bien épilé, ferme (musclé) et très mince
- Des mains et des ongles toujours propres et bien entretenus
- Un maquillage léger, naturel pour les jours ordinaires, plus accentué et intense pour les sorties et les grandes occasions. Le maquillage doit toujours être impeccable.
Comme je n’ai aucune estime de soi, vous pouvez imaginer à quel point je suis jalouse. Dès que mon copain pose ses yeux sur une autre fille, que ce soit dans la rue ou dans un magazine, je deviens folle. Je pique des colères effroyables, incontrôlables. Ce n’est toutefois pas en lui que je n’ai pas confiance, c’est en moi. J’ai toujours cette impression douloureuse que je ne suis pas à la hauteur, que je ne suis pas assez bien pour lui. Gab aura 18 ans le 28 avril prochain. La tradition québécoise veut que lorsqu’un garçon fête sa majorité, il aille célébrer cet heureux évènement aux danseuses entre amis. Je ne peux même pas supporter l’idée qu’il soit assis, soûl, entre gars, à regarder des salopes danser nues. La dernière fois qu’il a fait cela, j’ai essayé de me jeter devant une voiture, cela vous donne une idée à quel point cela me met hors de moi. Gab m’a donc proposé un marché ; si je danse pour lui en petite tenue pour son anniversaire, il n’ira pas aux danseuses. Évidemment, j’ai accepté sans hésitation. Le problème est que je ne serai jamais capable de tenir parole si je ne suis pas à l’aise avec mon corps. J’ai donc jusqu’au 28 avril 2011 pour atteindre la perfection. La perfection ne se résume cependant pas uniquement qu’à l’apparence physique. Il faut aussi avoir une personnalité exceptionnelle. Voici donc comment je perçois la personnalité parfaite :
- Savoir bien chanter
- Ne pas fumer
- Toujours être à son meilleur
- Être rieuse
- Ne pas sacrer
- Être cultivée et intelligente
- Dégager confiance et estime de soi
Quand on a un objectif aussi paradoxal que le mien – celui d’être parfaite –, on doit inévitablement avoir un modèle qui représente tout ce que l’on désire être afin de se rappeler que ce n’est pas impossible de l’atteindre. Le mien, c’est Miley Cyrus. J’admire tout d’elle ; son style, sa voix, son assurance, son corps, son visage, ses cheveux, tout ! Elle représente tout ce que je veux être. Et maintenant, voici un suivi quotidien de mon cheminement vers la perfection.